Et si on s’interrogeait un peu En France, le militaire a tramé l’imaginaire et le paysage national, ne cessant de nourrir des enthousiasmes comme de saines hostilités. A la fin des années 1960, il est entré dans le silence de ses casernes. Le chevalier de la mitraillette s’est effacé derrière la fusée brandie vers l’Est. Il ne fut plus alors question que de dissuasion et des abstractions stratégiques qu’elle suscitait !
Au début des années 80, le militaire ressurgit sur les écrans de 20 heures. Il meurt au Liban. Au Tchad sa présence est censée dissuader le Libyen. Mais exposé sacrificiellement sur l’autel de la Paix, il ne combat plus, sauf à de rares exceptions : il est soldat de la paix, « soldat cible » ! Ce sera le cas dix ans plus tard en Bosnie ou en Croatie. Plongé dans la guerre, il lui est interdit ou s’interdit de la faire : il subit les coups de ceux entre lesquels il s’interpose et ce sera encore son lot dix ans plus tard en Côte d’Ivoire. Durant ces trente années, l’Armée française n’a cessé de se réformer, de s’adapter, de réduire ses effectifs, en silence. L’image du soldat de la paix qu’elle donne à voir a neutralisé les antimilitarismes. Reste une relative indifférence : dans une société aseptisée, pacifiée où l’émotion tient lieu de mobilisation, le militaire qui ne fait plus de vagues est de plus en plus absent du débat public. On ne s’intéresse à lui qu’à condition qu’il soit martyr. La fin du service national et la professionnalisation des armées en 1996 ne feront qu’amplifier ce mouvement de rétraction du militaire dans le paysage national qu’accompagne une régression de ses capacités à livrer combat. Et puis voilà l’été 2008 ! Le Livre blanc et la Réforme générale des pouvoirs publics dans un contexte de rareté économique ou budgétaire qui assignent aux armées de réduire encore leurs effectifs au profit de capacités de combat laissées en déserrance par les budgets précédents. Dans les rangs, trop c’est trop et la grogne parvient à filtrer sur la place publique ! Coup sur coup, surviennent un dramatique incident dans une caserne de Carcassonne au cours duquel 17 personnes sont blessées et la perte de dix soldats en Afghanistan dans un engagement contre les Talibans ! Sensation ! Etonnement ! Emotion collective ! Voilà le militaire de nouveau sous les feux de la rampe ! Chacun en débat, non sans contresens, fantasmes et approximations tant la chose militaire et sa vocation combattante qui restent chargées de symboles sont devenue étrangères au quotidien des Français et aux compétences de leurs élites. Demain, la bulle émotive étant dégonflée, la chose militaire s’évanouira de nouveau derrière les cascades de l’actualité, sauf nouveau coup de Trafalgar. Hors du quotidien des Français l’actualité, le militaire n’est pourtant pas hors de la société française. Peu ou prou son devenir s’inscrit dans cette période historique particulière que nous vivons et sur laquelle les Rencontres démocrates entendent porter un regard critique. Alors, ne nous contentons pas de commentaires hâtifs que l’actualité militaire suscite épisodiquement et, à froid, interrogeons-nous sur le devenir de notre Armée !.................
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